Linda Lomelino

S comme Solus. Locus Solus1 Pour aller y songer et vous souvenir, cherchez la splendeur de quelques sites singuliers et solitaires gardés par le silence des statues. En certaines saisons, quand souffle le sirocco, les choses vues vous sembleront sitôt surgies de siècles et de séjours somptueux et très éloignés2.

1. Locus Solus a paru en feuilleton de décembre 1913 à mars 1914, sous le titre Quelques heures à Bougival dans Le Gaulois du Dimanche. Chaque livraison était décorée d’un bandeau représentant la grille d’un parc avec au fronton l’inscription Locus Solus. Cf. F. Caradec, op. cité. 2. À Naples, une visite au Musée archéologique fera découvrir des mosaïques et des statues antiques.

S as in Solus: Locus Solus1 To go there to reminisce and dream, search for the splendor of some singular and solitary sites guarded by silent statues. In certain seasons, when the sirocco blows, sightings will appear to loom up from centuries past and from distant and sumptuous sojourns.2

1. Locus Solus was first published in serial form between December 1913 and March 1914, with the title Quelques Heures à Bougival, in Le Gaulois du Dimanche. Each article featured a banner representing the iron gate to a park with “Locus Solus” inscribed on the pediment. See F. Caradec, Raymond Roussel. 2. In Naples, discover the mosaics and ancient statues in the archaeological museum.

Chaque mois, une personnalité évoque son parcours et partage en images et en mots son lieu secret. Rendez-vous avec une photographe pâtissière qui met en scène la gourmandise.

Linda Lomelino connaît la chanson : ses parents sont musiciens, ses frères, son fiancé également, et il lui arrive de les accompagner à la basse, en tournée. Elle a son propre groupe, Death in the Afternoon, mais elle est styliste culinaire. Ses études de photo ne la menant à rien de concret, elle se lance seule, en cuisine, aidée par de vieux livres. Sa mère a bercé son enfance de gâteaux : Linda avoue être une convive difficile, sauf en matière de douceurs ! Le sucré, le gourmand, le réconfortant au bord du Cattégat, sur la côte ouest suédoise, où elle vit toujours. Pour animer son blog, elle renoue avec la photo. Un appareil courant, des accessoires chinés, des fleurs insolentes de fraîcheur : chez elle, baignés par une lumière latérale blanche, parfois bleuie, ses cupcakes, gâteaux glacés ou nappés sont maîtrisés et magnifiés. Des mises en scène d’où filtrent les traces d’une présence à peine échappée. Des transpositions contemporaines de natures mortes flamandes du XVIIe. Si à l’époque, la transmission s’opérait de maître à apprenti, Linda partage généreusement sur son blog et dans ses livres (Journal d’une food styliste, Marabout). Recettes pas à pas, astuces et conseils pour progresser dans l’art visuel. Aimant partager, cette jeune femme réservée rêve d’ouvrir sa pâtisserie, petite, et d’y proposer, à la belle saison, des tartes. D’y animer des ateliers en comité restreint. «Less is more» glisse-t-elle.

«Le lieu dans lequel je me sens le mieux au monde est…

En fait une petite balade à côté de chez moi un jour de printemps ensoleillé. J’enfourche ma bicyclette, longe des prairies, le soleil baigne mon visage, les fleurs embaument. Puis je traverse une forêt, où il m’arrive de pique-niquer l’été, un endroit très chaleureux, et je pédale jusqu’au marchand de glaces. J’ai un gros faible pour les crèmes glacées italiennes ! Je prends toujours deux parfums et associe un fruit à un goût plus dense-comme framboise et noisettes, par exemple.»

© Linda Lomelino

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Jean-François Rey