Tahar Rahim la fureur de jouer
Constance Rousseau, Le Secret de la chambre noire  En salles le 22 février. Réalisation : Kiyoshi Kurosawa. Avec Olivier Gourmet, Tahar Rahim, Constance Rousseau…
Constance Rousseau, Le Secret de la chambre noire En salles le 22 février. Réalisation : Kiyoshi Kurosawa. Avec Olivier Gourmet, Tahar Rahim, Constance Rousseau…

Tahar Rahim, dirigé par Kiyoshi Kurosawa

sur le tournage du Secret de la chambre noire.

Constance Rousseau (left) and Tahar Rahim, directed by Kiyoshi Kurosawa on the set of Daguerreotype.

Dans le nouveau film du réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa, l’acteur aux deux césars incarne l’assistant d’un photographe tourmenté. Rencontre avec un homme vibrant et généreux, pour lequel jouer, c’est retrouver l’insouciance de l’enfance.

Comment avez-vous été approché par Kiyoshi Kurosawa ?

J’ai reçu un coup de fil de mon agent, et nous nous sommes rencontrés dans un grand hôtel parisien. J’étais très honoré et très excité – notamment car je pensais qu’on tournerait au Japon. Finalement, le tournage s’est fait en France, mais j’étais ravi.

Connaissiez-vous ce cinéaste ? [réalisateur entre autres de Tokyo Sonata et Vers l’autre rive, respectivement Prix du jury et Prix de la mise en scène dans la catégorie Un certain regard au festival de Cannes, NDLR]

Oui, et c’est même incroyable car je l’avais étudié quand j’étais à la faculté de cinéma de Montpellier. J’ai découvert d’abord Cure puis Rétribution, qui est l’un de ses films que je préfère. C’est un cinéaste de genre, et pourtant c’est le seul à faire des films de fantômes de ce type. J’aime son rapport entre visible et invisible, sa façon de créer des ponts – émotionnels, métaphoriques – entre ces deux mondes. Et puis Kiyoshi Kurosawa est un maître de l’image : il a une façon unique de créer du sens juste dans sa manière de déplacer les acteurs, si bien que l’on pourrait quasiment se passer des dialogues.

Vous jouez l’assistant d’un photographe : qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage ?

C’était avant tout travailler avec Kiyoshi qui m’intéressait. Faire un film que l’on dirait d’épouvante alors qu’il repose davantage sur des croyances et relève de la poésie plus que du fantastique pur.

Comment avez-vous préparé ce rôle ?

Pour saisir le côté technique, nous sommes allés voir un photographe à Paris qui utilise encore le daguerréotype [procédé photographique mis au point par Louis Daguerre (1787-1851) qui permettait d’obtenir une reproduction directe et précise de la réalité, NDLR]. Ce qui m’a permis notamment de comprendre pourquoi, sur les photos d’autrefois, il semble n’y avoir jamais personne dans les grandes villes car, à l’époque, pour pouvoir figer l’image, elle ne devait pas bouger.

Vous avez la réputation de beaucoup travailler vos rôles. Cela fut-il le cas ici ?

En dehors de l’aspect technique qui était nécessaire, mais devait rester nouveau (je joue un assistant, et non le photographe), il y avait peu de choses à faire. Il n’est pas toujours indispensable d’aller chercher des informations qui ne serviront pas le film : cela peut même être dangereux d’être perclus de certitudes. De plus, Kiyoshi Kurosawa dirige de manière très libre. J’ai aimé travailler dans cette instabilité car cela oblige à sortir de sa zone de confort.

Quel rapport entretenez-vous avec la photographie ? Avec la caméra ?

Devant un appareil photo, et contrairement à une caméra, je me sens regardé. Je ne prends presque pas de photos, et encore moins depuis que celle-ci s’est banalisée avec l’arrivée des Smartphones : à force de prendre sans arrêt des clichés, on rend l’instant réel et présent totalement virtuel.

Kurosawa explore les relations entre fiction et réalité. Est-ce quelque chose qui vous touche ?

Converser avec son imaginaire est l’une des plus belles évasions possibles. Et puis cela repose l’esprit. Il y a dans notre monde tellement de choses difficiles à voir, à entendre, à vivre, qu’un peu de merveilleux fait du bien.

Vous dites être devenu cinéphile par ennui. Que vous procure le cinéma aujourd’hui ?

J’aime le cinéma et ce qu’il permet : rencontrer des gens et des univers différents. Si je n’avais pas fait l’acteur, j’aurais voyagé. Grâce au succès du Prophète, mon travail s’est fait connaître et des réalisateurs étrangers (Kevin Macdonald, Lou Ye, Asghar Farhadi) sont venus à moi. Avoir mille vies ou, plutôt, avoir l’opportunité de se promener dans mille vies, c’est tout de même une chance incroyable. Je me sens comme dans une cour de récré. Mon seul souci est de bien jouer comme, enfant, le seul souci était de rapporter une bonne note. Tout le reste, c’est du jeu. Et c’est ça que je recherche et que j’aime, cet état d’insouciance, de jeu pur. Je continuerai à faire l’acteur tant que c’est une nécessité. Et puis, aussi, parce que quand je joue, je ne suis ni dans l’effort ni dans le questionnement, mais tout simplement dans l’instant. Dans la vie, nous sommes souvent soucieux soit de ce qui s’est passé la veille, soit de ce que sera demain : être acteur c’est forcément vivre et être dans le présent. Ainsi, je ne me sens pas vieillir – j’ai même parfois l’impression de rajeunir !

Vous avez grandi dans une fratrie de 9 enfants, et vouez, je crois, un amour et un respect sans bornes à votre mère. Comment voit-elle votre carrière ?

Elle est très heureuse. Elle a rêvé avec moi. C’est le meilleur carburant pour un enfant, l’amour et le soutien d’une mère. La véritable héroïne, c’est elle.

Quels sont vos projets ?

J’ai terminé le nouveau film de Teddy Lussi-Modeste, et celui de Garth Davis, avec qui j’ai adoré travailler, dans lequel je joue Judas.

Vous, Judas ?

Oui, mais ce n’est pas le Judas que l’on imagine, celui qui a vendu Jésus pour trois sous. Mon personnage raconte notamment comment un trop plein de foi peut aboutir à une trahison inconsciente.

© 2016, FILM-IN-evolution / Les Productions Balthazar Frakas / Productions Bitters End / Arte France Cinéma - C. Bethuel

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Le secret de la chambre noire

Le secret de la chambre noire
En salle le 22 février.

Réalisation : Kiyoshi Kurosawa. Avec Olivier Gourmet, Tahar Rahim, Constance Rousseau…
Vincent Baranger membre du studio parisien 5.5 designers.

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