Chili, la terre
qui bat

Les volcans Puntiagudo et Osorno, deux sentinelles du sud des Andes chiliennes.

Sur les franges du Casablanca, près de la station de ski d’Antillanca.

Un huaso, cow-boy chilien, en tenue traditionnelle de rodéo.

With flat track racing, you’re down to the basics. You’re always turning in the same direction, on a short, oval track. / On a bike with no brakes, just a helmet, gloves and an iron sole under your left boot to lean on in the bends, you’re defying gravity! / – It’s your body that balances the bike. With your body on the inside, you steer in the other direction to stay on the track. / Hugo made it to the final but fell on the second lap. His tank broke, but he was happy anyway. He went out with a bang! /

In Biarritz in June, the roar of the engines drowns out the sound of the ocean. And for four days, the wildest dreams come true.

Devant le monastère de laTrinité-Saint-Jonas.

In front of the TrinityMonastery of Saint Jonas.

Y comme y compris Tout laisser derrière soi, y compris sa bibliothèque. Et faire feu de tout bois, y compris les anecdotes, les légendes. Collecter les histoires de la route, y compris des gestes, y compris des instants1.

1. Locus Solus passe pour un «livre amorphe et déconcertant décri(vant) minutieusement les curiosités abracadabrantes de la villa du savant Canterel», cf. François Caradec, Raymond Roussel, Fayard, 1997.

Y is for yes Leave everything behind. Including your library? Yes. Try anything and everything. Anecdotes, legends? Yes. Collect stories along the way. Gestures too? Yes. Moments? Yes.1

1. Locus Solus has been described as an “amorphous, somewhat bewildering book describing in detail the outlandish curiosities of the scientist Canterel’s villa.” Quoted by François Caradec in Raymond Roussel (Fayard, 1997).

Parc national de Puyehue, entre neiges, roches et scories (à gauche et ci-dessus).

Lac Calafquén, à cheval entre la région de la Araucania et la région de Los Rios.

Forêt de coigües au bord de la rivière Liucura.

Pêcheur à la maouche, près de Pucon.

L’approche du Puntiagudo, le «pointu», nommé ainsi en raison de sa cheminée ciselée.

Puntiagudo (“sharp-pointed”), so named on account of its pointed cone.

Écrivain passionné de folk, Tom Graffin a enfourché sa moto pour arpenter un Chili secoué de beautés brutes et minérales. Carnet de route, de volcans en sommets sulfureux.

Región de Los Lagos, Ruta 215

Les routes chiliennes ne forment pas une toile mais un arbre. Raccordées à la Ruta 5, tronc principal à l’écorce rugueuse, des branches d’asphalte lisse se déploient et tracent leur chemin jusqu’où elles peuvent.

Aux abords du parc national de Puyehue, le bitume de la U-485 s’arrête net pour laisser place aux graviers. Debout sur nos motos, nous avalons 13 km de forêt siempreverde humide et luxuriante, immergés dans le vert vif des tepas, mañíos et coigües, à l’affût des pumas, jusqu’à la station de ski d’Antillanca. Pour une poignée de pesos, nous poursuivons sur les pistes du domaine. Au printemps : de la terre grise sablonneuse et des scories. Des îlots d’herbe résistent, les arbres abdiquent.

Nous marquons un arrêt devant le cratère Raihuén, dominé par le volcan Casablanca. Sa forme appuyée et ses lignes arrondies rappellent un dessin d’enfant. Les premiers soleils le font hésiter entre neige et roche et contrastent parfaitement son visage. Un tiuque, faucon local, nous survole et nous toise. Puis un lièvre déboule, se fige et repart. Le Chili cultive l’art de l’inattendu.

Le ciel est dégagé, le décor habité. Encore 2 km de piste au bout desquels nous continuons à pied, le temps d’une dernière colline qui, pas après pas, nous prend par surprise. Trois volcans se présentent, trois montagnes-flambeaux, gardes de la cordillère des Andes. Les pyramides brunes et blanches sont raisonnablement espacées, comme posées sur la plaine par un architecte génial, soucieux de les sublimer toutes. C’est la marque des volcans chiliens, aucun ne vole la vedette aux autres. À l’est, l’imposant Tronador pointe de ses trois sommets la frontière argentine. Au sud, la cheminée du Puntiagudo semble vriller sur elle-même, tandis qu’Osorno, énorme chapeau chinois, joue les modèles de régularité. Révélation spatiale et géographique : nos cartes aplaties, étriquées dans leurs deux dimensions, nous cachent l’essentiel. Le Chili n’est ni étroit ni long, il est grand.

Camino Puerto Octay, kilometro 9

Dans une prairie, un cavalier détend son cheval. Nous nous arrêtons. Saluts et questions sur sa monture bai brun, un criollo chileno, pure race chilien. Notre intérêt le flatte. Légère levade de l’animal. D’un geste de la main, l’homme nous invite à le suivre jusqu’à son ranch.

Dans la cour, Luis Triviño se présente en un mot : c’est un huaso – pas le guaso castillan, ni le gaucho argentin. En plus de veiller sur 700 vaches et 64 chevaux, le fermier prend garde aussi au respect de sa langue. Il tient à nous montrer quelque chose. Il s’absente et réapparaît vêtu d’un poncho – «manta» corrige-t-il – et de hautes guêtres noires en cuir tressé. Attachés à ses bottes, de larges éperons scintillants. Tout feu tout flamme, Luis nous explique : voilà l’habit qu’il porte lors du traditionnel et populaire rodeo chileno, sport national où deux huasos à cheval doivent arrêter un taureau sans le blesser.

eune écolier, je le plaçais sans hésiter sur la carte vierge. Impossible de le confondre. Fin ruban, piment de l’Amérique, épée du conquistador enfin posée à terre. Plus jeune encore, sa forme me laissait pensif. On devait s’y sentir comme dans un long couloir, mettre un pied dans l’océan et frôler la montagne pour s’y croiser. Et si un jour un avion m’y déposait, comment le traverserais-je ? À moto, sans aucun doute. Deux roues en équilibre, pour vibrer sans trembler sur le fil du Chili.

Nos cartes aplaties, étriquées dans leurs deux dimensions, nous cachent l’essentiel. Le Chili n’est ni étroit ni long, il est grand.

Región de la Araucanía, Ruta 199

Nous roulons vers l’est sur le relief naissant quand, dans une longue ligne droite à découvert, il s’érige en roi. Par ses fumerolles, que je prends d’abord pour un nuage, sa roche inerte devient vivante. Il respire. Dans la ville, un vieil homme nous raconte le sommeil agité de leur señor qui, depuis 2014, montre son panache. Le 3 mars 2015, au milieu de la nuit, le Villarrica a même éjecté blocs et gerbes de lave incandescente à 3 km de hauteur. Une fonderie à ciel ouvert. Depuis cette éruption – mineure, paraît-il –, le géant de 2 847 m somnole et tolère sur ses flancs quiconque lui fait confiance.

Le pèlerinage s’impose. Nous le grimpons le lendemain matin accompagnés de trois guides. La pente est raide, mes pieds glissent. J’éteins mon cerveau, invoque le fier Indien Araucan à qui le Chilien doit son courage. Le piolet ne doit pas trembler dans mes mains ; il m’aide à aller voir à quoi ressemble le feu sous la glace. J’ai quatre heures d’ascension pour imaginer.

Au sommet, soulagé, j’enfile mon masque, approche du bord. La réalité est surréaliste. Impossible de donner une couleur à ce que je découvre, impossible d’en décrire précisément l’aspect et la consistance. C’est vert, jaune, rouille, brun, gris, chaud, gelé, solide, liquide, gazeux. Les éléments hésitent. Un feu visqueux nage entre deux eaux. La terre pulse une matière inconnue. Le magma durcit, la neige fond. Ou l’inverse. L’air est pur et irrespirable. Je reste hébété, m’éloigne, me retourne, tombe sur les volcans Lanín et Llaima. Énièmes merveilles. Saturation esthétique. Compressé entre le Pacifique, les Andes et un four souterrain, le Chili s’est forgé une beauté totale et bouleversante.

En contrebas, la lave jaillit soudain à plusieurs mètres de hauteur. Cri ébahi, nous voulons rester, revoir le feu arroser la roche. Le guide secoue la tête, c’est non. Le temps dans les vapeurs de soufre est limité. Nous quittons la mort dans l’âme ce diable d’endroit. En un éclair, nous dévalons la pente sur nos luges-pelles, par les gouttières de neige creusées à force de passages.

Que faire après ça ?

Retrouver le calme. Rouler jusqu’à la rivière Liucura, y croiser un pêcheur à la mouche. Felipe Matus, dit Pipe, 32 ans, a appris de son père à l’âge de 5 ans. Il sort une grosse pierre de l’eau et la retourne. Nos yeux novices ne voient que des brindilles terreuses. Pipe en décroche une, la fend avec ses ongles et en extirpe une nymphe ; ébauche de mouche qui, adulte, retrouvera l’air et perpétuera le cycle : «C’est une Trichoptera. Il faut savoir quelles espèces vivent dans la rivière pour choisir le bon leurre.» Ces appâts, Felipe passe ses hivers à les fabriquer : des corps synthétiques habillés de plumes de paon, d’oie, de coq, de poils de renard, de cerf ou d’écureuil. Quatre à cinq mille illusions parfaites qu’il vend ou utilise.

L’été, Pipe enseigne à qui lui rend visite la technique de la mouche sèche, où l’insecte vole à la surface. La technique la plus fine de son art. Si à Pucón, comme la modestie le lui fait dire, «tous les hommes sont des pêcheurs», Pipe en est un d’exception. Jambes fléchies dans le courant, pieds assurés sur les rochers, son poignet ondule et imprime à la ligne une boucle parfaite. La mouche-piège se pose, l’eau s’agite. La truite arc-en-ciel n’y a vu que du feu.

Our flattened maps, squeezed into just two dimensions, conceal a crucial point. Chile is neither long nor narrow; it is immense.

Lieu d’écriture

À moto, le trajet change. Le corps est libéré du fort automobile. L’esprit vogue, les yeux filment. Couleurs, revêtements, odeurs, voix et décors impriment la mémoire en profondeur. Les hommes autour sont avec nous. Sur les trottoirs et les bas-côtés, à l’arrière des voitures et sous les Abribus, les enfants nous font des signes. Les grands les imitent. Invitations croisées, curiosité à double sens. Du béton panaméricain à la piste sauvage, tous les chemins chiliens débouchent sur quelque chose, surtout les impasses. Car avant le demi-tour, on se pose pour observer cette nature qui force l’arrêt. Par la carte qu’elle vient d’abattre (lac, volcan, rivière, colline, trombes d’eau), elle a décidé d’interrompre le voyage. Signe qu’il est grand temps d’écrire ce que la route vient de vous souffler.

Vira Vira Hacienda Hotel

Vira Vira se dévoile au bout d’une longue allée, au cœur d’une ferme de 23 ha dominée par les montagnes. Entourée de vastes jardins peuplés d’ibis, votre chambre immense, en bois de lenga, donne sur la rivière Liucura. Devant un étang zen où frétillent les truites : le restaurant gastronomique. Son chef y cuisine exclusivement les produits de la propriété et offre une expérience mémorable. Au bar, la bière locale servie avec des noisettes chiliennes torréfiées au merkén, une épice des indiens Mapuche, s’offre à la dégustation, tandis que le personnel, diligent et à l’écoute, attend de définir avec vous les contours de votre aventure : ascension du volcan Villarrica, excursion en kayak, observation d’oiseaux, balade à cheval, pêche à la mouche et tout ce que les parcs nationaux environnants offrent de sauvage.

 

Vira Vira Hacienda Hotel

Parcela 22a Quetroleufu, Pucón.
Tél. +56 45 237 4000.

www.hotelviravira.com

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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Saint-Etienne, l’architecture
des rêves

Carnet d’adresses

Vira Vira Hacienda Hotel

Parcela 22a Quetroleufu, Pucón.
Tél. +56 45 237 4000.

www.hotelviravira.com

Hôtel

Hotel Cabaña del Lago

Situé à trente minutes de l’aéroport de Puerto Montt, cet hôtel 4 étoiles s’élève au-dessus du lac Llanquihue et offre une vue imprenable sur les deux grands volcans de la région, Osorno et Calbuco. De nombreux aménagements en plein air parmi lesquels un spa privé, mais aussi salle de sport, billards, parc arboré et organisation d’excursions tous niveaux.

Luis Wellmann 195, Puerto Varas.
Tél. +56 65 2200 100.

www.hotelcabanadellago.cl

Pour organiser son séjour

Upscape

Tegualda 1352, Providencia, Santiago.
Tél. +56 2 2244 2750.

www.upscapetravel.com

MotoAventura Chile

Seize années d’expérience et 85 motos BMW équipées font de MotoAventura la plus grande concession d’Amérique latine sur son segment. Instructeurs et guides certifiés BMW Motorrad vous assurent une aventure inoubliable à travers le Chili, la Bolivie, le Pérou et l’Argentine. Des road-trips en Europe, Russie, Maroc, Kenya et Thaïlande sont aussi organisés.

Tél. +56 64 2 249 127.

www.motoaventura.cl
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

AIR FRANCE  dessert Santiago par 1 vol quotidien au départ  de Paris-CDG

KLM dessert Santiago par 1 vol quotidien au départ d’Amsterdam.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport international  Arturo-Merino-Benítez

Tél. +56 2 2690 1752.

BUREAUX AIR FRANCE KLM

À l’aéroport.

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : Tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

LOCATION DE VOITURES

Hertz, à l'aéroport.
Tél. +56 2 2601 0477.
www.aifrance.fr/cars

À LIRE

Auteur-compositeur, Tom Graffin a adapté «Bonnie & Clyde» pour Scarlett Johansson sur l’album de Lulu Gainsbourg, et écrit pour Petula Clark ou Joyce Jonathan. Son premier roman, Jukebox Motel, est paru en 2016 chez JC Lattès.
Chili Gallimard, coll. Bibliothèque du voyageur.
Chili Lonely Planet

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