En bonne
et due forme

Le romancier flamand Tom Lanoye vit et écrit une partie de l’année en Afrique du Sud.

Flemish novelist Tom Lanoye lives and writes part of the year in South Africa.

Sanctuaire dédié au kami (esprit) de la fertilité.

Sanctuary dedicated to the kami (spirit) of fertility.

Un maître tailleurajuste le prototype d’une veste sur un mannequin Stockman.

Marina Bay et Gardens by the Bay, parc de 101 hectares dédié de la biodiversité.

Marina Bay and the Gardens by the Bay, 101 hectares devoted to biodiversity.

Rétif au désordre, Kris Van Assche, directeur artistique de Dior Homme depuis dix ans, revient sur sa vision de la couture. Celle d’un geste sûr, nécessaire. D’une «beauté technique».

Distingué, poli, aussi bien mis que la pièce du 1er étage de l’immeuble cossu de la rue de Marignan où il reçoit est bien rangée, Kris Van Assche a le geste économe. Probablement parce qu’il en sait toute la valeur. Il aime plus que tout le savoir-faire singulier qui s’incarne dans le geste technique, le geste sensé – c’est-à-dire celui qui a du sens et qui donne du sens – et pas seulement sensuel. «La main, évidemment, c’est la base de mon travail, c’est l’atelier de couture, la coupe du tissu, l’opération de l’entoilage (à l’intérieur d’une veste, entre le tissu et la doublure, existent différentes épaisseurs qui donnent toute sa tenue au vêtement, NDLR)… Mais ce côté manuel, c’est ce qui m’attire aussi en tout premier lieu chez les autres créateurs : le peintre, le céramiste et même le photographe, spécialement lorsqu’il maîtrise à la perfection la lumière en la sculptant, comme c’est le cas de Robert Mapplethorpe.» Où que se tournent ses affinités électives, on y retrouve toujours des créateurs qui ont cette justesse du geste. C’est vrai pour Michaël Borremans, un photographe et vidéaste belge passé à la peinture ; vrai aussi pour Rinus Van de Velde, plasticien (belge encore) connu pour ses dessins monumentaux au fusain. Les artistes qui touchent le plus Kris Van Assche ont un pied dans l’ardente modernité et un autre dans cette transmission de la mémoire. Aucun d’entre eux ne dédaigne s’impliquer physiquement et se salir les mains.

Celui dont on vante le vestiaire «mi-street mi-strict» est d’ailleurs affamé de technicité. Le savoir-faire chez Dior étant au centre de tout, il influence inévitablement le travail au quotidien, et si cet ancien élève de l’académie royale des Beaux-Arts d’Anvers a accepté la proposition de rejoindre cette maison, c’est qu’il savait pouvoir apprendre beaucoup aux côtés de l’atelier tailleur. Il explique : «Le travail ici est organique. C’est en faisant qu’on crée, autrement dit le geste crée l’idée. Si je pense à une forme de col, je le fais fabriquer immédiatement car il sortira de l’atelier non pas un col mais trois, ce qui me donnera une autre idée. Le croquis est juste un point de départ !»

Effets et gestes

Silhouette sombre, pantalon de toile baggy, celui qui a assoupli la silhouette Dior Homme, lui apportant de la fluidité et du confort, adule autant l’artisan que l’esthète, et respecte au plus haut point le tour de main expert, cette intervention précise, minutieuse, millimétrée, maîtrisée. Jusqu’à fièrement dévoiler la structure, jouant avec même. Il faut se souvenir de ce défilé, en 2010, pour lequel il avait imaginé des vestes en toile de coton transparente qui mettaient en avant l’architecture cachée, celle des entoilages et les 25 couches intérieures du vêtement. «J’aime bien cette idée que des questions stylistiques se justifient par une forme d’utilité,» avoue-t-il dans un certain sourire. La prouesse structurelle autant que visuelle.

Cette quête, il lui a donné un nom, en même temps qu’un horizon : la «beauté technique». «Le seul vrai luxe, c’est cela ! C’est la technicité, ce savoir-faire qui peut devenir beau et moderne. C’est lorsque j’ai compris ça que j’ai enfin trouvé toute ma place dans cette maison.» Loin de lui le projet de révolutionner l’esprit sartorial, sorte de dandysme moderne. Ce qu’il veut, c’est «brouiller les pistes et surtout créer des contrastes».

Ce culte du détail est comme un fil rouge tendu entre deux saisons. Dans la collection Dior Homme été 2017, les gestes traditionnels des ateliers s’approprient des ornements industriels : «Ce sont des œillets, des lacets, des agrafes et des laines imprimées, bousculant ainsi le cliché du fameux costume deux-pièces.» On y retrouve également une réflexion intéressante sur la mémoire du vêtement, à travers le travail des matériaux artisanaux qui se donnent parfois l’aspect d’une pièce trouvée, portée, abîmée.

Dernière surprise réservée par Kris Van Assche à ses fidèles : une collection de sept modèles de sneakers à l’effet punk, à porter avec un costume ou un smoking. Petite entorse au principe qui veut que Dior Homme, c’est l’intérieur plus que l’extérieur.

© Kris Van Assche - Artlist Syndication, Premium Models, 16Men Paris - Katrien De Blauwer, courtesy galerie Les Filles du Calvaire, Paris - Nicola Samorì, courtesy Galerie EIGEN + ART Berlin/Leipzig - Ben Sledsens, courtesy Tim Van Laere Gallery, Anvers - Willy Vanderperre - Donata Wenders, courtesy Polka Galerie - Dior Homme - Robert and Shana ParkeHarrison
© François Bard, courtesy galerie Olivier Waltman, ADAGP Paris 2017 - Valeriane van der Noordaa - Michal Chelbin - Robert Mapplethorpe Foundation - DR - Bernard Buffet, ADAGP Paris 2017 - Michaël Borremans - Rinus Van de Velde, courtesy Tim Van Laere Gallery, Anvers - Peter De Potter - Pol Baril - Dream Way productions, Kristin McKirdy

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Lison de Caunes