Touché…

Au réveil, on ouvre un œil. Puis un doigt pour frotter doucement cet œil, histoire d’être sûr qu’on est bien réel. Il y a ce que l’on voit et ce que l’on touche. Plus on voit, plus on regarde. Plus on touche, plus ça touche.

Il y a cinq mille ans en Grèce les artistes des Cyclades ont sans doute énormément touché de visages pour réussir à sculpter dans du marbre des têtes de femmes si épurées, si belles qu’elles demeurent un mystère pour l’humanité. Quand on les voit, on sent leur visage sous nos paumes. Quand on est face à l’une de ces «icônes cycladiques», on a le sentiment de voir les images mentales d’un aveugle qui aurait touché avec frénésie le visage d’une femme pour voir sa beauté.

Sentez-vous. Touchez les autres. Davide Balula, un jeune artiste français né en 1978, a d’ailleurs demandé à des mimes de toucher à l’aveugle des sculptures mondialement connues d’artistes comme Brancusi, Giacometti pour en mémoriser les formes et pouvoir les reproduire par le geste de leurs mains. Des mimes de sculptures. J’ai vu leur performance à Art Basel l’année dernière : au début leurs mouvements de bras, de doigts m’ont semblé incohérents. Et puis, des courbes, des angles, des pleins et des vides, des idées, des beautés sont apparues. La main peut graver dans le marbre, mais elle peut aussi toucher l’air et l’humanité.

On se touche le visage 250 fois par jour. Les adeptes du Do In, beaucoup plus. Inventée par des médecins chinois taoïstes, cette pratique consiste à libérer notre énergie vitale par la simple pression des doigts sur les zones de notre corps où une douleur, une tension, est ressentie. On presse la douleur, ça fait plus mal d’abord et puis l’énergie «recircule». «Une fois mal, mille fois mieux», comme disent les Chinois. Un baume, à fleur de peau.

Miscellanées France-237

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