Caryl Férey, Manhattan
Looking
for David

Lafayette Street, à quelques pas du penthouse de David Bowie.

Houston, rue

De Houston à Hudson Street, en passant par Bleecker Street (de gauche à droite).

rue, passage piéton, homme

De Houston à Hudson Street, en passant par Bleecker Street (de gauche à droite).

métro, arrêt, attente

De Houston à Hudson Street, en passant par Bleecker Street (de gauche à droite).

issue de secours, escalier, extérieur

De Houston à Hudson Street, en passant par Bleecker Street (de gauche à droite).

boxing club, bleecker Street

Bleecker Street.

Prince Street, brique, passant

Prince Street.

MoMA, art, point de vue

Au MoMA

Vitrine, poste télé

Le long de Bleecker Street.

Affiche, Bleecker Street

Le long de Bleecker Street.

À travers les rues de Manhattan, entre SoHo et Greenwich Village, l’auteur de polars Caryl Férey poursuit l’ombre d’une idole, David Bowie, pavé battant.

David Bowie n’est pas mort à New York le 10 janvier 2016. Pas question. D’ailleurs, il suffit d’arpenter Manhattan à sa recherche pour constater que la vie est comme lui : partout. Un personnage immortel, comme dans les romans ou au théâtre.

Acte I

Le 1er juin 1967, deux événements sont passés inaperçus : ma naissance – à la décharge du monde entier, même moi je ne m’en souviens plus – et la sortie du premier album de David Bowie. Ce dernier, au titre éponyme, tombait il est vrai le jour de Sergent Pepper’s, des Beatles, et surtout il n’était pas très bon, au point où les amateurs du divin Thin White Duke le considèrent comme un galop d’essai. David à l’époque était blonde, plaidait sur les plateaux de la BBC «contre la cruauté envers les hommes aux cheveux longs» avec l’humour caustique de ses 20 ans, déclarait qu’il était homosexuel et l’avait toujours été pour effarer la mémère, avec un flegme jubilatoire à la Oscar Wilde qui le posait déjà comme un esthète assumé au goût prononcé pour la mise en scène. Un acteur sans studio.

La scène se montrant trop petite pour lui, il jouera tous les rôles : celui de Major Tom dans «Space Oddity», l’histoire d’un cosmonaute perdu dans l’espace (malicieusement écrite avant les premiers pas d’Armstrong sur la Lune), celui de Ziggy Stardust, extraterrestre déboussolé déguisé en fille (il avait vu les punks travestis des New York Dolls dans les clubs du Lower East Side), celui du «mince duc blanc» après sa période cocaïnomane à Los Angeles, changeant le style de ses personnages, les décors, la musique.

Qu’il était bon de savoir qu’un tel être figurât sur Terre. Moi qui, à Montfort-sur-Meu, grandissais au milieu des vaches et des vachers, l’existence même de David Bowie marquait d’une pierre magique le chemin à suivre. Il était le seul chanteur à être aimé par les garçons et les filles, Michel Berger et les punks, même les chiens et les chats ne s’en relèvent pas. Un don unique, celui d’être tout et partout à la fois, avec une tendance pour les étoiles et les formes de vie cosmique. Le gars visait haut, comme on se disait dans ma cambrousse.

Les raisons de suivre l’astre ne manquaient pas. De passage à Las Vegas, où Sinatra se produisait, le crooner avait refusé qu’on le voie en présence d’une telle «tarlouze». La virilité de Bowie ne consistait certes pas à remplir les casinos et les poches des mafieux qui les tenaient, dans une ville qui reste sans doute la plus fausse du monde.

Ce n’est donc pas un hasard si David Bowie s’est installé à New York, la ville la plus stylée qu’on puisse imaginer.

Acte II

L’histoire d’amour dure depuis plus de vingt ans. Accompagné de sa femme Iman – un ancien mannequin américano- somalien –, Bowie ne se voyait pas habiter ailleurs. «Je suis New-Yorkais», aimait-il dire à ceux qui lui posaient la question. Même en Angleterre il n’avait jamais vécu aussi longtemps au même endroit. Et puis, il y a tout ici pour un homme à sa mesure. «Un transfert magique de puissance de l’architecture vers l’humain», dont les géants buildings inspiraient déjà le personnage de l’album Diamond Dogs, Halloween Jack, qui vivait au sommet de la «Poursuite Manhattan» à l’ascenseur cassé, l’obligeant à descendre par les câbles pour affronter les mutants. New York débordant d’imagination, comme lui qui n’aura cessé de se réinventer, et assez grouillante pour y passer inaperçu, invisible – un truc d’extraterrestre en somme.

New York est dans un cinéma, le décor familier, extravagant, il peut bien y passer des David Bowie en chair et en os, bientôt plus rien n’étonne. Le rocker y vivait comme tout New-Yorkais dans un douillet anonymat, aimant se promener tôt le matin, quittant son penthouse de Lafayette Street, SoHo Manhattan, jusqu’au Washington Square Park, quelques blocks plus loin. Lecteur assidu, David s’arrêtait en route à McNally Jackson Books, en bas de chez lui, ou poussait jusqu’à The Strand, sur Broadway : «C’est impossible d’y trouver le livre qu’on veut, mais on y trouve toujours le livre qu’on ne savait pas qu’on voulait». Le musicien cherchait aussi des vinyles rares à Bleecker Bob’s, aujourd’hui fermé, les trouvait plus récemment à Bleecker Street Records, dans le Greenwich Village qu’il aimait tant.

Après des années de tournées plus dingues les unes que les autres, avoir habité Los Angeles, Berlin ou Lausanne, Bowie aimait rester chez lui avec sa petite famille, vivant «une vie normale» loin des futilités et des paillettes. New York offrant tout, il sortait parfois au théâtre, là où en 1980 il était devenu un triomphant Elephant Man, sur la 45e rue, confirmant à qui pouvait en douter ses talents de comédien. Un méchant souvenir le taraudait pourtant quand, son ami John Lennon assassiné devant son immeuble new-yorkais, David avait dû jouer avec deux places vides au premier rang – celles de John et Yoko Ono, réservées quelques jours plus tôt pour venir l’acclamer… Mais pour le reste, David et sa femme n’avaient aucun problème à sortir pour déjeuner dans l’un des nombreux restaurants de SoHo ou Greenwich, revoir le Tintoret ou Picasso au Metropolitan Museum of Art…

Je suivis sa piste.

Acte III

Ce n’était pas la première fois que j’allais à New York, mais la première avec lui, chez lui. 285 Lafayette Street. Je l’imaginai tout là-haut, sur la terrasse arborée de cet édifice bâti un siècle plus tôt à deux pas de Broadway et ses boutiques, descendant à l’occasion faire le plein de sandwichs ou de sushis chez Dean & DeLuca, la chaîne de marché hype. Son âme d’artiste appréciait le côté Art Déco des vieux buildings du quartier, les façades des maisons de Greenwich Village où tant de musiciens avaient vécu leur bohème avant lui. Je suivis ses pas jusqu’à la librairie, vis certains de mes livres traduits dans les étagères, rêvai l’espace d’un instant qu’il ait pu en lire un, poursuivis sa balade matinale jusqu’au Caffe Reggio, 119 MacDougal Street. Nous prîmes un expresso ensemble, David fredonnant dans ma tête l’une des dizaines de chansons que je connais par cœur, moi observant les antiquités exposées dans le bar italien, sculptures, lampes, miroirs et bibelots, tout cet Art qui avec lui sera à jamais Nouveau.

Son parc préféré, le Washington Square, était à portée d’ailes. Je m’assis sur l’un des bancs, David toujours à mes côtés, souriant comme si le temps s’était arrêté sous le soleil. C’était le cas. Les peintures du MoMA eurent l’élégance de nous accompagner plus haut dans Manhattan, son œil expert comme la main d’un ami cher sur mon épaule…

Je fus en revanche moins convaincu par les groupes du Bitter End, sur Bleecker Street, où il venait parfois écouter de la musique. Les groupes du soir, vieux et jeunes, jouaient un rock convenu d’un autre siècle, loin, si loin de cet homme venu d’ailleurs, que mes yeux soudain s’embuèrent dans la nuit new-yorkaise : l’étoile de ma vie serait-elle réellement morte ?

Non… Non, pas question.

Caryl Férey – inconsolable.

Lieu d’écriture

Washington Square park

La fraîcheur paisible des arbres, les oiseaux qui y passent, l’architecture splendide des immeubles ceinturant le parc sans jamais l’étouffer, les bancs de granit pour des pique-niques conviviaux, les jeux d’échecs où l’on peut jouer avec un inconnu, le Washington Square Park inspire la beauté simple du bas Manhattan, loin de la furie publicitaire de Times Square. Les façades colorées mais sobres apparaissent entre les feuilles, et l’on s’y prend à rêver quand l’été nous y porte. Le calme est rare à Manhattan, le prix au mètre carré devenu indécent, mais ce parc est à tout le monde, gratuit enfin. Qu’on y griffonne un poème, qu’on y dessine ou qu’on y lise, Washington Square a l’âme pleine et nous le cœur lourd en le quittant. New York, la ville du monde, à recréer infiniment. 

Hotel Hugo

Hôtel Hugo

Hôtel Hugo

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Un toit-terrasse en duplex à 20 étages au-dessus de Greenwich Street et l’impression de survoler l’Hudson avec, tels des amers, la Statue de la liberté et la tour One World Observatory. Sis à deux enjambées des lieux de prédilection de David Bowie, qui vivait dans le quartier, ce «nid» pour épicuriens, avec canapés en cuir gold ou coussins immaculés, n’est pas le seul attrait de l’adresse. La carte du Cafe Hugo est servie aussi en chambre, pour s’y sentir à la maison, enroulé dans un peignoir douillet : luminaires tout droit sortis du passé industriel du coin, meubles et panneaux en bois sur mesure couleur miel et l’éclectisme des coups de cœur en série dans ce district bohème chic, attirant artistes, éditeurs et amateurs de design. Un harmonieux mélange de style pour une introduction chaleureuse à la vie du Village. Texte Violaine Gérard

Hotel Hugo

525 Greenwich Street. Tél. +1 212 608 4848.

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Plage, plongée

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À LIRE

Les romans de Caryl Férey
sont publiés par Gallimard dans les collections Série Noire et Folio Policier. Dernier titre paru : Condor.

New York
Gallimard, coll. Cartoville.

New York
Gallimard, coll. GEOGuide.

New York
Gallimard, coll. Encyclopédies du voyage.

New York
Lonely Planet.

New York
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New York
Phaidon, coll. Wallpaper City Guide.

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