Podere Case Lovara, domaine, agricole
Un balcon en Ligurie
Podere Case Lovara, domaine agricole durable sur les pentes de Punta Mesco.

meuble, vintage
Podere Case Lovara, domaine agricole durable sur les pentes de Punta Mesco.

Facade, arbre
Podere Case Lovara, domaine agricole durable sur les pentes de Punta Mesco.

pierre, muret
Podere Case Lovara, domaine agricole durable sur les pentes de Punta Mesco.

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En 2017, deux chambres d’hôtes, encore en projet, accueilleront les visiteurs.

Anna Zegna, Fondation Zegna

Anna Zegna, présidente de la Fondation Zegna.

Podere Case Lovar, vignes, oliviers

Les 45 ha de Podere Case Lovara, plantés de vignes et d’oliviers.

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Les 45 ha de Podere Case Lovara, plantés de vignes et d’oliviers.

point de vue, mer, falaise

Les 45 ha de Podere Case Lovara, plantés de vignes et d’oliviers.

Accroché aux reliefs des Cinque Terre, un morceau du patrimoine italien a retrouvé sa splendeur agricole. Un fil fragile entre nature et culture, renoué grâce à la Fondation Zegna.

Est-ce son profil, éperon de roche et de maquis cinglant vers la mer ? Punta Mesco, à la proue du parc national italien des Cinque Terre, porte dans ses paysages les traits du défi. Mais un défi sans fracas, sans gant jeté, plutôt une bravade silencieuse lancée au marcheur qui pierraille sur le sentier, respire le myrte et le thym. Longtemps, il fut relevé par les paysans liguriens venus gagner leur part d’abondance sur ces flancs à la splendeur aride, dresser des rubans de pierre sèche pour aplanir la terre, planter oliviers, vignes et figuiers, faire transhumer les troupeaux. Du Moyen Âge à la fin du XXe siècle, ils modelèrent une oasis horizontale, vert au sol, azur en face. Puis ce fut l’abandon, un projet immobilier annulé, le corps de ferme grignoté par les pluies, la vigne sauvageonne. La trouée s’est refermée.

Jusqu’à ce qu’un cortège de mécènes et d’institutions emmenés par le FAI (Fondo Ambiente Italiano) et la Fondazione Zegna, investis dans la protection de la nature et du patrimoine italiens, se lance un nouveau pari : redonner ses couleurs à l’ancienne exploitation agricole pour raconter aux marcheurs, les pieds dans la terre, comment l’empreinte de l’homme peut être un dialogue serein avec la nature. Qui commence par deux petites heures d’échauffement crapahuteur entre les criques de Levanto et Monterosso, à la fraîcheur des chênes. Puis, la rocaille s’assagit, les genêts s’écartent, deux façades ocre et blanc longent le sentier, perchées au-dessus d’un cordeau de terrasses et de carrés potagers. Il a fallu trois ans pour défricher, biner, repiquer, relever les murets, hélitreuiller les ardoises, les ruches, les jeunes oliviers, les plants de courgettes… Inaugurée l’été dernier, la halte de cocagne a encore un air propret, allées balayées, piquets droitement fichés, mais semble avoir toujours existé : seuls les panneaux solaires reflètent les temps qui changent. La ferme a retrouvé jusqu’à son nom, Podere Case Lovara. Il rappelle que le lupo (glissement de lovara), ce loup gourmand et redoutable, a longtemps habité les collines.

«On croit souvent que pour préserver l’environnement, il faut laisser la nature libre. Mais ici, dans ces paysages façonnés par l’homme depuis des siècles puis délaissés pendant vingt ans, elle était plutôt comme un tableau qu’il fallait restaurer», explique Anna Zegna, présidente de la fondation familiale et petite-fille du créateur de la maison de mode Ermenegildo Zegna. Que vient faire la griffe masculine loin de ses élégants bureaux milanais ? «Perpétuer l’héritage de mon grand-père Ermenegildo, être fidèle à sa vision écologique, lui qui, dès les années 1930 entreprit le reboisement des montagnes autour de sa filature de Trivero.» Deux générations plus tard, ses héritiers firent de ce berceau piémontais l’Oasi Zegna, éden alpin de 500 000 conifères. Avant de créer leur fondazione en 2000 pour faire prospérer leur legs philanthropique sur tous les continents.

À l’ombre des 5 000 m2 d’oliveraie de Punta Mesco, on a posé quelques tables pour casser la croûte de la focaccia locale, reprendre son souffle devant les falaises, rêver d’un escalier vers la plage. Et chercher du regard si la Corse, cousine de maquis, pointille entre les nuages. L’an prochain, on pourra aussi rester jusqu’à la nuit, observer les feuilles des vignes s’assombrir jusqu’à les confondre avec les souches : derrière les volets verts du bâtiment noble ouvriront deux chambres d’hôtes, déjà apprêtées. Deux jumelles aux murs blancs, grand lit de coton et chevets de bois sombre. Dans chacune, une même toile a été accrochée : celle de la fenêtre, bleus étales que sépare une seule ligne, l’horizon vibrant de chaleur et de sel.

Jean-Baptiste Picquart, adjoint, chef boulanger

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