plasticien,  Olafur Eliasson, Berlin

Olafur Eliasson
Metteur en scène

R comme reflet La règle, ici, pour que le roman s’invente : qu’un mot en reflète un autre et qu’il en brouille le contour. De billard à pillard1, le reflet trace la route.

1. Dans Comment j’ai écrit certains de mes livres, on apprend que c’est la transformation d’une première phrase, «les lettres du blanc sur les bandes du billard» en cette autre «les lettres du blanc sur les bandes du pillard», qui a produit le roman Impressions d’Afrique.

R as in reflection A ground rule for constructing the novel: each word always has to reflect another, blurring the contours. From billard to pillard,1 the mirror effect paves the way.

1. In Roussel’s How I Wrote Certain of My Books, we learn that the novel Impressions of Africa is based on the transformation of the opening phrase“les lettres du blanc sur les bandes du billard” into this other one“les lettres du blanc sur les bandes du pillard.”

Repas, tablé
L’espace cuisine conçu par l’artiste et cuisinière Asako Iwama et les architectes de l’atelier.
cuisine, Asako Iwama, architectes

L’espace cuisine conçu par l’artiste et cuisinière Asako Iwama et les architectes de l’atelier.

Repas, art

R comme reflet La règle, ici, pour que le roman s’invente : qu’un mot en reflète un autre et qu’il en brouille le contour. De billard à pillard1, le reflet trace la route.

1. Dans Comment j’ai écrit certains de mes livres, on apprend que c’est la transformation d’une première phrase, «les lettres du blanc sur les bandes du billard» en cette autre «les lettres du blanc sur les bandes du pillard», qui a produit le roman Impressions d’Afrique.

R as in reflection A ground rule for constructing the novel: each word always has to reflect another, blurring the contours. From billard to pillard,1 the mirror effect paves the way.

1. In Roussel’s How I Wrote Certain of My Books, we learn that the novel Impressions of Africa is based on the transformation of the opening phrase“les lettres du blanc sur les bandes du billard” into this other one“les lettres du blanc sur les bandes du pillard.”

Studio Olafur Eliasson, cuisine, Phaidon

Studio Olafur Eliasson : En cuisine aux éditions Phaidon.

bureau, idées

Le bureau d’Olafur Eliasson, laboratoire d’idées.

cuisine, geste
En cuisine et en atelier, les gestes se font écho.
atelier, geste

R comme reflet La règle, ici, pour que le roman s’invente : qu’un mot en reflète un autre et qu’il en brouille le contour. De billard à pillard1, le reflet trace la route.

1. Dans Comment j’ai écrit certains de mes livres, on apprend que c’est la transformation d’une première phrase, «les lettres du blanc sur les bandes du billard» en cette autre «les lettres du blanc sur les bandes du pillard», qui a produit le roman Impressions d’Afrique.

R as in reflection A ground rule for constructing the novel: each word always has to reflect another, blurring the contours. From billard to pillard,1 the mirror effect paves the way.

1. In Roussel’s How I Wrote Certain of My Books, we learn that the novel Impressions of Africa is based on the transformation of the opening phrase“les lettres du blanc sur les bandes du billard” into this other one“les lettres du blanc sur les bandes du pillard.”

Ses œuvres d’art sont exposées et collectionnées dans le monde entier. Mais c’est à Berlin que l’artiste danois a installé son studio, au centre duquel rayonne une cuisine. Une table, comme un portrait de l’atelier, où fusent idées et recettes, réunies dans un beau livre édité par Phaidon. 

Il est des lieux comme des livres dont on se demande dans quel état on va sortir. Où sommes-nous ? À Berlin, au studio d’Olafur Eliasson. Le bâtiment a la rigueur et la technicité berlinoise. Ce fut tour à tour une chocolaterie, une brasserie, une imprimerie. On croirait que ces trois entités ont fait boule de neige. Elles ont migré façon 2.0 pour réunir aujourd’hui une géniale équipe de 90 personnes. Il y a là des architectes, des artisans, des techniciens, des designers graphiques, des web designers, des réalisateurs, des archivistes, des historiens de l’art. Lorsqu’on traverse les différents studios, on a l’impression d’avoir une case supplémentaire qui s’ouvre dans la tête.

Et puis il y a les cuisinières. Elles sont quatre aujourd’hui, levées aux aurores pour délivrer aux pensionnaires des nourritures ailées, «élégantes et intelligentes», poursuit Olafur Eliasson. Ces dernières participent à un véritable écosystème convivial s’alimentant constamment. Elles ne sont pas là pour faire joli. Mais pour donner du sens, une énergie, de la santé, de la force, des idées. «Elles nous permettent, détaille l’artiste, de rester ensemble, d’échanger, d’oublier nos Smartphones. La nourriture est ici un axe vital, une énergie, un langage. Elles inspirent parfois des sessions de travail sur les odeurs, le tactile.»

La recette, la cuisine sans filtre

Les cuisinières sont tout simplement au cœur de l’action, jusqu’à partager parfois la même scénographie, les mêmes gestes artisanaux (le ponçage d’un bois et le lissage d’un fromage ; tournevisser et creuser un melon). Toutes ces recettes (une centaine) ont même été réunies dans un livre publié par Phaidon. Certes, elles sont parfois tristounettes dans un traitement photo vertueux, elles n’ont pas la gloriole sexy et ramenarde du genre. Car précisément, elles nous poussent au-delà. À penser la nourriture autrement, loin de sa dimension quelquefois toxique, pesante. «Manger au studio tous les jours, plaisante Olafur, évite d’aller chez le médecin.» Elles sont comme des amies : indulgentes, présentes, vivant leur saison. Elles parlent de nous. Elles s’intéressent à notre peau, nos yeux, nos cheveux. Et sans doute nos pensées, nos songes, nos mots. La nourriture n’est plus alors cet élément anecdotique, pittoresque. Elle est au cœur d’un enchevêtrement savant, humaniste, aimant. Voici de gros raviolis chinois (baozi), des soupes blanches hivernales de légumes racines à la sauge, une salade de pois chiches acidulée. Ou encore des courgettes farcies à la ricotta et à la marjolaine.

Ce matin, les cuisinières sont venues préparer des tomates doucement confites. Elles ont ciselé les herbes, épilé le thym, trié la marjolaine. On pourrait penser qu’elles sont dans une doctrine étroite et damée (la cuisine végétarienne). Pourtant chaque jour, elles pensent à de nouvelles recettes. Parfois se plantent : «Une polenta à la rhubarbe, confesse l’une d’elles en rosissant, je pensais faire un tabac, ce fut une catastrophe. J’avais presque honte de revenir le lendemain !» 

Créer, échanger et changer

Dans ce livre Olafur Eliasson évoque une trilogie sacrée : manger, créer, travailler. Il se lève tôt. Il estime avoir les idées claires jusqu’à 11h. «Après je travaille, j’actionne et ensuite je mange.» Il est 13h. Dans la vaste salle à manger lumineuse, Olafur est là en bout de table. Chemise gris foncé, il mange tranquillement les haricots verts venus d’une ferme voisine, nos délicieuses petites tomates, des graines amadouées, le fromage blanc et les fines herbes ciselées. Nous buvons de l’eau. Tout autour, les différents ateliers se mêlent. L’ébéniste discute avec la cellule Little Sun composée de jeunes pionniers passionnés par l’une des dernières aventures du laboratoire : Little Sun, imaginée par Olafur et l’ingénieur Frederik Ottesen. De quoi s’agit-il ? D’une lampe solaire à LED destinée aux 1,1 milliard de personnes qui vivent dans des régions sans accès à l’électricité. Plus loin, les webmasters du département «virtuel» échangent des bonnes adresses de Copenhague, autre pôle d’Olafur (chipée pour vous : Hija de Sanchez, pour ses tacos exceptionnels réalisés par une ancienne de Noma). Ce laboratoire de Berlin est vraiment comme ce livre que nous évoquions en ouverture. Lorsqu’il est bon, vraiment bon, on se dit alors : que va-t-il changer dans ma propre vie ? C’est tout le bien que nous vous souhaitons en vous y plongeant.

Olivier Darné

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Olivier Darné