Donner est un mot arborescent

Un mot qui fait grandir. Un mot-talisman. Un mot qui nous lie à l’humanité et porte mille leçons, sans les clamer.Car il avance mezza voce. En lui, nul tapage mais le charme, discret, de la générosité. On ne donne bien qu’avec le cœur. On est loin d’offrir, de léguer ou d’accorder. Donner : sans sonner, sans tonner – rien de ce ton bruyant. Pourtant, le mot redoute la frivolité. Donner la vie, la mort, sa parole, son amitié, donner à penser, donner du plaisir, de l’espoir, son temps… On ne badine pas avec le don.Qu’on soit basketteur ou enfant, on ne sera jamais assez grand. Donner fait pourtant de chacun un géant. Je vois en lui un art de vivre. Plus qu’un art de vivre, un art de la grâce. Une façon aérienne d’exister. Donner, s’alléger, transmettre. Mais attention, «la façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne», dit Corneille. Donner propage autour de chaque être du rayonnement. Un système solaire… Le don n’est-il pas le plus beau cadeau que la main puisse faire à l’esprit ? Une façon d’être aux autres, et bien en vie. Beauté du geste, la vraie, celle qui transmet, assure perpétuation et circulation. Celle qui donne des ailes.Une façon de s’affranchir, aussi, de se libérer. D’atteindre au délié, sans crispation. Être pour renaître. Donner est l’art de l’élévation. Et si donner était notre forme suprême ? Je crois en ce dépassement de soi par le don. Donner la meilleure part de nous-mêmes… L’écrivain donne vie aux mondes enfouis, aux personnages (je déteste leur prêter vie, d’ailleurs), aux sensations. L’écrivain donne à voir. Parce que comprendre, comme rêver, n’est pas donné. Sans le savoir, le monde est hiéroglyphes. Et sans le cœur, il est muet.Donner. S’abandonner. Pardonner. Voilà un mot qui s’aime.Peut-être (et avant tout) parce qu’il sème.Un rosier donnera des fleurs, la vigne donnera du raisin… Et nous ? Que donnera-t-on ? Que chacun en fasse son horizon.Enrichissez-vous : donnez !

Bûche nuage

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