Stéphane Braunschweig, théâtre
Vigie des temps
Stéphane Braunschweig
plafond, André Masson, grande salle à l’italienne

Le plafond de la grande salle à l’italienne, peint par André Masson.

Inauguré en 1782, l’ancien Théâtre-Français est considéré aujourd’hui comme le plus ancien théâtre-monument de Paris.

Inauguré en 1782, l’ancien Théâtre-Français est considéré aujourd’hui comme le plus ancien théâtre-monument de Paris.

rouge, titre

Inauguré en 1782, l’ancien Théâtre-Français est considéré aujourd’hui comme le plus ancien théâtre-monument de Paris.

Stéphane Braunschweig, théâtre

Inauguré en 1782, l’ancien Théâtre-Français est considéré aujourd’hui comme le plus ancien théâtre-monument de Paris.

Directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Stéphane Braunschweig compose sa première saison pour «la plus belle salle de Paris». Une ouverture sur la scène européenne et les jeunes créateurs qui chahute nos sensations, comme nos certitudes.

Stéphane Braunschweig rêve d’une jungle. L’automne s’annonce à Paris, les fenêtres rondes de son bureau niché sous le toit de l’Odéon contemplent le jardin du Luxembourg, mais lui rêve de luxuriance tropicale, «de fougères géantes et de plantes dégoulinantes, d’une nature cruelle d’avant la naissance de l’humanité». Ce sera le décor de sa prochaine mise en scène, la première dans la salle rouge et or depuis sa nomination à la tête de l’Odéon-Théâtre de l’Europe en janvier. Ce cinéphile a choisi Soudain l’été dernier, diamant noir de Tennessee Williams rarement monté, souvent éclipsé par le film de Joseph Mankiewicz. «L’Odéon est pour moi une salle inspirante. J’y ai monté deux spectacles, Franziska et Tartuffe, et à chaque fois, je m’étais lancé des grands défis scénographiques. Alors en arrivant, je me suis dit que je voulais faire quelque chose que je n’avais jamais fait, m’aventurer dans le répertoire américain, redonner à la pièce son ambiguïté et aux personnages leurs folies.» Cruauté, folie, ambiguïté… les mots sont adoucis d’un sourire, d’une voix jamais trop haute. Il a l’enthousiasme des discrets, lui qui n’a «jamais eu de désir d’acteur» et s’est vécu dès l’enfance en marionnettiste, ordonnateur de personnages et d’imaginaires.

Embarquer l’avant-garde et le public

Formé à la philosophie à l’École normale supérieure, élève d’Antoine Vitez, directeur du Théâtre national de Strasbourg, de La Colline : un parcours comme fléché jusqu’au plus ancien théâtre-monument de Paris qu’il n’a jamais caché vouloir diriger, candidat déclaré dès 2007. À 52 ans, le successeur de Luc Bondy veut y faire ce qu’il sait le mieux faire : croiser les regards et les générations, partager ses curiosités en se gardant du confidentiel. «Continuer à proposer des signatures européennes – Krystian Lupa, Thomas Ostermeier, Deborah Warner, Ivo van Hove… –, mais aussi des formes plus légères, des découvertes, des jeunes créateurs qui seront les grands de demain, le sont déjà pour certains.» S’il veut «bousculer» les spectateurs et les artistes, ce sera à sa manière, avec une tranquillité réfléchie, par les allers-retours entre «espoir et effroi» que permet le théâtre. «Sa» touche cette année sera les artistes associés, qui creuseront leur sillon de saison en saison : l’Australien Simon Stone – «l’enfant terrible», dit-il presque avec gourmandise –, la Brésilienne Christiane Jatahy, et les Français Caroline Guiela Nguyen et Sylvain Creuzevault, révélés à La Colline.

Car Stéphane Braunschweig est un fidèle. Aux auteurs d’abord, lui dont le chemin créatif a pour balises Ibsen, Pirandello, Tchekhov. «Ce qui m’intéresse au théâtre, c’est de sonder un univers. Quand j’entre dans une maison, j’ai envie de visiter toutes les pièces. Je suis un visiteur, un passeur, pas un auteur. Chez Ibsen, on entre dans une pièce et puis on s’aperçoit qu’elles sont toutes liées, qu’on est dans un labyrinthe de thèmes et de personnages. Plus j’en fais, plus je me sens à l’aise.» Capable, quand il découvre il y a quelques années le jeune dramaturge Arne Lygre, d’entreprendre une traduction à quatre mains du norvégien, qu’il ne parle pas, en faisant des détours par l’allemand, qu’il maîtrise. «Lygre, c’est un très grand, j’ai envie de l’accompagner : il capte l’époque, sans en parler frontalement. Il est issu de la génération internet, on trouve dans son écriture cette rapidité, des histoires qui bifurquent, une certaine précarité des identités.»

D’émotions en coups de théâtre

Fidèle, aussi, à ses émerveillements. Ce Parisien, fils d’un avocat et d’une psychanalyste, n’a pas été biberonné à la scène. Mais il sait sa chance d’avoir vu «quelques très bons spectacles très jeune». Un Malade imaginaire joué par Jacques Charon, vu avec son grand-père à 7 ans à la Comédie-Française, infuse toujours quelque part. «Je me souviens très bien du début : il n’y avait pas de rideaux, juste un voilage qu’une servante ouvrait à la main. Et j’ai toujours adoré utiliser des tulles dans mes mises en scène... Même quand j’ai monté Britannicus dans la même salle, bien des années plus tard.» Que lui souhaiter pour la saison qu’il vient d’ouvrir ? De continuer, peut-être, à provoquer les surprises. «La plus belle des émotions, c’est à mes yeux d’être étonné. Car si on reconnaît une émotion, elle est déjà moins forte.»

© André Masson, ADAGP Paris 2016

Nicolas Astier, portrait

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