eau de parfum

À fleur de peau

Mille feux, eau de parfum Louis Vuitton.

Upper Ten, eau de parfum, Lubin.

texture, ambiance

Mille feux, eau de parfum Louis Vuitton.

Upper Ten, eau de parfum, Lubin.

Rose

Mille feux, eau de parfum Louis Vuitton.

Upper Ten, eau de parfum, Lubin.

cuir cannage
Cuir Cannage, eau de parfum, La Collection Privée Christian Dior.
safran
Safran
Framboise
Framboise
Poivre
Poivre
Parfums, cuir
Cuir de Russie, eau de parfum, Les Exclusifs de Chanel.
Boxeuses, eau de parfum, Serge Lutens.
Alizarin, eau de parfum, Penhaligon’s.
Pétales

La rose, alliée délicate du cuir.

Cuir Impérial Moynat (à droite).

Cuir, matière
cuir

Traduire la matière la plus tactile et sensuelle, le cuir, par ce qu’il peut exister de plus impalpable : le sillage d’un parfum. C’est la magie des correspondances et de l’imagination où tout fait sens.

Que l’on franchisse la porte de l’artisan-sellier d’un petit village ou celle d’un malletier, les impressions et les sensations sont toujours les mêmes. Calme et concentration. Le bruit sourd des peaux que l’on étale, le cliquetis des outils. Mais surtout, les parfums. Des senteurs à foison, à en perdre la tête. Odeurs de bois, d’écorce brûlée, d’encens fumé, d’épices et de fleurs, de fèves torréfiées. Par moments, elles se font puissantes, presque dérangeantes. À d’autres, elles s’attendrissent, caressent le nez avec cette même douceur que l’on sent en passant la main sur un cuir fin. Ce geste sensoriel, Ramesh Nair, le directeur artistique du malletier Moynat, le fait chaque jour : «Ces senteurs ne sont pas véritablement celles du cuir lui-même, elles proviennent aussi des végétaux avec lesquels la peau est tannée. L’odeur de cette peau avant son tannage est l’une des plus désagréables qui soit, proche de celle de la décomposition. Mais au contact des extraits d’écorce, de feuilles ou de racines, cette matière inerte se métamorphose et s’anime. Elle prend vie.» De peau, elle devient cuir, gorgée de ces parfums issus des bois d’acacia, de mimosa, de chêne ou encore de quebracho…

Variations sur cuir

Quelle source d’inspiration pour un parfumeur. D’autant que par son origine, son tannage, aucun cuir ne ressemble à un autre. Ainsi le cuir de Russie, aujourd’hui disparu, et dont Moynat fait revivre la légende grâce à son nouveau cuir Impérial. Créé au XVIIe, il devait sa senteur typiquement fumée et puissante au goudron de bouleau avec lequel les peaux étaient imperméabilisées. Il inspira de nombreux parfums dont Cuir de Russie de Chanel, créé en 1927, et bien plus récemment Boxeuses de Serge Lutens ou Cuir Impertinent de Thierry Mugler.

Jusqu’au début du XXe siècle, les compositions cuirées étaient destinées aux hommes. Mais sous l’impulsion de femmes comme Gabrielle Chanel ou Félicie Wanpouille, de la maison Caron, la donne change. Le sillage fumé d’un Cuir de Russie ou d’un Tabac Blond (Caron) signe alors le style transgressif des garçonnes des Années folles.

Aujourd’hui, un jus cuiré n’émeut plus pour son genre. Il s’impose par sa sensualité et par tout l’imaginaire qu’il enveloppe. C’est l’esprit rock et cuir chez Yves Saint Laurent, le chic d’un sac à main à l’odeur de poudre et de fard pour Cuir Cannage de Dior ou l’atmosphère chesterfield d’un club new- yorkais avec Upper Ten de Lubin.

C’est aussi la tradition des gants de cuir parfumé avec les Bucoliques de Provence de L’Artisan Parfumeur ou le mystère de l’Orient avec Alizarin de Penhaligon’s… Chacun a sa recette pour en traduire toutes les dimensions sensorielles : sa senteur, mais aussi sa texture ou son grain. Ce sera avec les essences de bouleau ou de styrax, ou avec du oud et de l’encens pour les accents boisés et fumés. On peut y ajouter du safran pour les nuances épicées ou encore de l’iris, pour la douceur tactile. Pour créer Galop d’Hermès, Christine Nagel s’est inspirée d’un cuir de la maison, le Doblis, doux à l’extrême et d’une sensualité toute féminine. En hommage à cette féminité, c’est un «dialogue» entre la rose et un accord cuiré qu’elle a choisi de mettre en lumière. Aucun ne prend le pas sur l’autre, ils sont les deux facettes du cuir, à l’image de sa face externe que l’on nomme la fleur et de sa face interne, la chair…

Matière à sentir

«Le cuir a toujours fasciné la parfumerie. C’est une matière onirique qui d’emblée laisse parler les sens», explique Jacques Cavallier, le nez de Louis Vuitton. En visitant les ateliers de la maison, ce sont mille et une émotions qui se sont bousculées dans l’esprit du parfumeur. Ici la douceur et les senteurs fleuries- épicées d’un cuir VVN (initiales pour veau végétal naturel), là, l’éclat d’une peau d’un beau rouge framboise.

Autant de sensations que Jacques Cavallier voulait mettre dans ses parfums. Il pouvait composer un accord cuiré, il est allé plus loin : avec la société Payan Bertrand, il lui a fallu une année pour mettre au point une infusion de cuirs VVN. Le résultat de ces peaux macérées dans l’alcool est étonnant, il concentre toutes les subtilités olfactives de la matière. Deux des sept parfums de sa collection intègrent cet ingrédient exclusif. Dans la peau, à la sensualité délicate, à peine fleurie, et Mille feux, un flamboyant jus cuiré aux nuances fruitées de framboise. Quand le cuir se fait invisible mais s’impose par sa présence, au fil d’un sillage.

Gilles Marchal

Article suivant

Destriers à
croquer