Ljubljana, la petite reine
Ljubljana,
la petite reine
Vasily, coursier infatigable et bricoleur de vélos.

Vasily, coursier infatigable et bricoleur de vélos.

La rue Slovenska, artère cyclable et piétonne du centre-ville.

La rue Slovenska, artère cyclable et piétonne du centre-ville.

Ljubljana, entourée de ses collines boisées.

Ljubljana, entourée de ses collines boisées.

L’insigne du Rog, emblème du cycle slovène.

L’insigne du Rog, emblème du cycle slovène.

Les rives bucoliques de la Ljubljanica.

Les rives bucoliques de la Ljubljanica.

Il n’y a qu’à rester en selle et suivre le fil du grand air, tantôt soufflé par le vent des Balkans, tantôt par la brise italienne.

Le collectif The Classics Experience adapte les plus grandes courses cyclistes au circuit de la capitale slovène.

Le collectif The Classics Experience adapte les plus grandes courses cyclistes au circuit de la capitale slovène.

Le Neboticnik (gratte-ciel), bâti dans les années 1930.

Le Neboticnik (gratte-ciel), bâti dans les années 1930.

Pause sur les marches de la Ljubljanica, salon local.

Pause sur les marches de la Ljubljanica, salon local.

L’escalier du Neboticnik conduisant à une vue à 360° sur la ville.

L’escalier du Neboticnik conduisant à une vue à 360° sur la ville.

Le skatepark construit au cœur de l’ancienne usine Rog.

Le skatepark construit au cœur de l’ancienne usine Rog.

Tina / Identity Series / Ljubljana, portrait peint en 2009 par Jorge Rodríguez-Gerada sur une façade du quartier de Siska.

Tina / Identity Series / Ljubljana, portrait peint en 2009 par Jorge Rodríguez-Gerada sur une façade du quartier de Siska.

Le Triple Pont, sur la Ljubljanica.The Triple Bridge, spanning the Ljubljanica.

Le Triple Pont, sur la Ljubljanica.

The Triple Bridge, spanning the Ljubljanica.

Les immeubles colorés du cœur historique.

Les immeubles colorés du cœur historique.

Le collectif d’artistes à l’origine du foisonnant Universal Atelier of Street Art.

Le collectif d’artistes à l’origine du foisonnant Universal Atelier of Street Art.

Son coeur est pour le flâneur, ses périphéries longées de pistes cyclables depuis longtemps intégrées à son damier urbain. La capitale de la Slovénie a derrière ses harmonies des intermittences où il fait bon pédaler.

Le voyage urbain débute souvent de la même manière : on est introduit à la ville par son centre, déposé valise à la main au milieu d’une rue comme au milieu d’un visage. Il y a là un protocole de la rencontre, qu’il faudrait peut-être parfois renverser. Comme si, rencontrant un inconnu, on décidait de lui serrer d’abord la main les yeux patiemment baissés, s’attardant sur le plié du pouce, la courbe du poignet, le grainé de la paume. Puis, devenu familier de cette périphérie du corps, on pourrait remonter vers le visage, observer l’ovale des joues, la dentelle des oreilles, se risquer enfin jusqu’à la couleur des iris.

Pour appliquer cette politesse à Ljubljana, on accoste d’abord au sommet de la longue, très longue, avenue Celovska. Celle qui, tournant les épaules à la ligne blanchissante des Alpes, dévale du nord jusqu’aux entrelacs du cœur historique. En chemin, son trait déterminé distribue des quartiers de béton et de curiosités architecturales. Verticales grises et jaunes, cubes muets troublés de fenêtres, champignons symétriques… Échos habités de la République socialiste de Slovénie, quand l’époque était autre et l’Europe lointaine.

Les lignes de la ville

Très vite, l’interminable oblique trouve comme une escorte le long de ses flancs d’asphalte : deux rubans de pistes cyclables, teintés d’ocre pâlie. Ils grimpent parfois sur les trottoirs, deviennent pointillés blancs aux carrefours avant de filer droit. Les cyclistes prennent alors un peu de la vitesse des moteurs. Sur ce sol craquelé pousse un morceau d’histoire de Ljubljana. Moins connu, moins bavard de beauté que les façades baroques ou les ornements classiques dessinés par Plecnik, l’orfèvre-architecte du Triple Pont. «Lorsque la ville s’est étendue dans les années 1960, elle a intégré directement l’usage du vélo dans ses nouveaux plans d’urbanisme, raconte l’historien Tomaz Pavlin, enseignant à l’université du sport de Ljubljana. Il y a quelque chose du Danemark dans ces pistes à la fois fondues aux routes et protégées. Mais surtout quelque chose de très slovène, car la bicyclette est une part de notre culture depuis la fin du XIXe siècle.» Le professeur, à la carrure d’ancien champion de hockey, aime à penser son peuple comme «un peuple d’extérieur», fréquentant les sous-bois au printemps et les glissades enneigées de l’hiver.

Au détour d’une roue

Dans le parc Tivoli, forêt repeuplée chaque dimanche, les traces effacées du premier vélodrome construit en 1897 ont laissé comme une clairière. Le XXIe siècle et son souci de reverdir les cités a redonné des couleurs à ce passé. Labellisée «capitale verte de l’Europe» pour 2016, la ville déroule aujourd’hui quelque 220 km de lignes cyclistes. Le long de certaines, elle a même installé des compteurs, hauts boîtiers noirs qui clignotent de satisfaction à chaque passage de deux-roues.

Il n’y a donc qu’à rester en selle et à suivre le fil du grand air, tantôt soufflé par le vent des Balkans, tantôt par la brise italienne, pour arriver jusqu’au centre-ville et aux tranquillités émeraude de la rivière Ljubljanica.

Longtemps artère routière, la rue Slovenska a été rendue aux piétons, comme une partie des alentours depuis 2007. Le long des rives, les larges marches se font appeler dnevna soba, un «salon» où les saules pleureurs tirent le rideau et où crisse une moquette de gravier. Pied à terre.

L’attrait des contours

Et voilà que tout en s’émouvant devant la joliesse des traits, des arabesques Art Nouveau et des clochers pimpants, on a comme une envie de s’éloigner, de retourner vers les contours de l’ensemble. En pédalant, toujours, car la ville, avec ses quelque 280 000 habitants, est comme un quartier de mégalopole. Dans un pays couvert de vallons forestiers, elle a aussi la gentillesse de s’être installée dans une plaine. S’extraire alors de l’ombre des ruelles, longer les colonnades du marché couvert où s’abritent des paniers d’asperges sauvages et de pommes séchées, saluer les attablés des terrasses, croiser un cours d’eau dissident, pousser jusqu’au sud, faubourgs de Krakovo et Prule.

En route, les couloirs plus anciens sèment quelques cahots, le piéton partage la patience des feux rouges qui égrènent les secondes en cliquetant. On croisera inévitablement Vasily, l’infatigable coursier, «obstiné du vélo», qui s’est taillé un travail à sa mesure, zigzague entre ses huit heures de livraison quotidiennes et les circuits sportifs des jours de pause. Sous la casquette, il a la moustache en guidon, un certain sens de l’à-propos.

Urbanité efflorescente

Comme dans les villes grandies par des à-coups d’adolescence, la solidité urbaine a peu à peu grignoté les champs. Mais ici, elle leur a laissé un espace de libre expression, planté à l’ombre des pavillons, logé entre les distances des îlots de béton. À chaque tournant, arbres fruitiers, rangs de tomates, mosaïques de salades prennent peu à peu de l’assurance. Bientôt, tout s’arrête. Sans prévenir, un carré en jachère érode un immeuble qui paraissait pourtant si sûr de son fait citadin. En coulisses, un virage contourne la colline où le château de Ljubljana dresse une tourelle blanche chatouillée par le funiculaire – elle s’illuminera la nuit d’une verdeur peu médiévale.

À un tour de roue du centre, l’ancienne usine de bicyclettes Rog engage un autre dialogue d’époques avec les toits de cuivre. Son blanc à elle est un peu cassé, la porte de sa cour s’est depuis longtemps décrochée, les poutrelles se dénudent derrière les hautes vitres. De ces ateliers sont sortis entre 1951 et 1991 des milliers d’exemplaires du Rog, qui ont fait pédaler toute l’ex-Yougoslavie. Partout en ville, l’écusson marqué des trois lettres orne encore de robustes silhouettes, rondes ou élancées, orange, bleues ou dorées, enfourchées par des générations d’étudiants. En 1982, c’est sur ces destriers – pourtant peu taillés pour la vélocité – que s’est couru le premier marathon cycliste Franja, qui s’élance encore chaque mois de juin pour 156 km de peloton autour de la capitale slovène.

Oubliée par les rénovations, la fabrique Rog est aujourd’hui un assemblage de galeries d’artistes et de petites scènes musicales à l’agenda insaisissable, où platines et orchestres peuvent réveiller la tranquillité d’un soir de banlieue. Dans les hauts volumes du rez-de-chaussée, un skatepark bâti par une poignée d’anonymes lance ses vagues immobiles, sculptées de fer et de bois. On attend la clé, c’est une visseuse qui arrive, décroche en un grincement la porte ainsi refermée après chaque session. La voûte s’emplit alors de planches, et de BMX, le caoutchouc des roues fait sur le contreplaqué un bruit de roulis étouffé. La lumière découpe les silhouettes en suspension sur le tamis des vitres. Ici comme dans la caserne voisine de Metelkova, devenue quasi-institution artistique aux graffitis hétéroclites, l’occupation se fait d’une manière singulière et ordonnée. On n’installe pas son matelas pour la nuit, on passe le balai en partant. Pour un peu, on se serrerait presque la main, avant de remonter en selle.

 

Il n’y a qu’à rester en selle et suivre le fil du grand air, tantôt soufflé par le vent des Balkans, tantôt par la brise italienne.

Vander Urbani Resort

Aperçu depuis la colline du château, un rectangle turquoise fait décrocher l’œil des ruelles, taquine l’ocre des tuiles et l’arrondi des clochers. La piscine-bassin du Vander Urbani Resort, posée sur un toit dallé de bois, couronne un audacieux contraste : quatre maisons du cœur médiéval fusionnées en une seule adresse, la première du pays adoubée par Design Hotelstm. Abri contemporain glissé dans une enveloppe historique, orchestré de miroirs, d’arcs de béton et de jeux de lumières bondissant autour d’un atrium de verre. Les propriétaires, le Slovène Aleksander Vujadinovic et son épouse australienne Amanda, se sont rencontrés sur les rives de la Ljubljanica, à quelques mètres, et ont un temps vécu dans l’une des chambres blanche et parme ouvertes sur la rivière.

 

VANDER URBANI RESORT

6-8, Krojaska ulica.
Tél. +386 1 200 9000.

www.vanderhotel.com
Crète Ammos Hotel

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D’île
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Carnet d’adresses

À faire

Universal Atelier of Street Art

La porte de cette jeune galerie, montée par un collectif de créateurs à quelques pas des vibrations du centre, est rarement fermée. Il y a toujours ici quelqu’un qui dessine, peint, sculpte, se fait un café dans les ateliers du fond. Spela, Marko, Sai, Lauro et les autres ont le talent précoce, et une telle envie de secouer la scène artistique de la capitale qu’ils accrochent chaque mois une nouvelle exposition.

7, Gosposvetska ulica.
Tél. +386 68 631 670.

www.uauu.si

Watermelon

Quand il ne pédale pas sur les sentiers des forêts alpines, Tevz promène le visiteur sur d’impeccables bicyclettes italiennes, à la recherche de l’histoire slovène ou du dernier café-concert ouvert au détour d’une ruelle. Tours à la carte, parfaits pour une exploration introductive des contre-allées.

Tél. +386 40 552 572.

www.ljubljanabybike.com

Centre d’informations touristiques slovène

Si vous avez besoin de repères géographiques pour vous laisser glisser, une carte des pistes cyclables dessine quatre parcours, entre beautés baroques et excursions périphériques. Également des vélos à louer.

10, Krekov trg.
Tél. +386 1 306 45 76.

www.visitljubljana.com

Cafés

Alter

Longer les rives, observer les potagers grignoter peu à peu la ville, accoster sur la barge de ce bistrot arrimé à l’école de kayak. Des bancs de bois en guise de sofa, pas de fonfons, mais l’impression d’avoir à soi les refets de la Ljubljanica, loin des terrasses du centre.

16, Livada ulica.
Tél. +386 31 560 982.

Neboticnik

Inauguré en 1933, le premier gratte-ciel d’Europe de l’Est abrite en ses derniers étages un café-restaurant aux airs de tours de contrôle, où les profonds fauteuils pivotent à 360°, comme la vue. Y aller le matin, quand les nuages décrochés des Alpes dispersent leur ombre sur le damier urbain.

1, Stefanova ulica.
Tél. +386 40 233 078.

www.neboticnik.si

Bi-Ko-Fe

À une coudée de la rive gauche, quelques banquettes multicolores, des DJ sets le soir et un accueil faisant du nom de cette adresse de poche – signifiant littéralement «tu veux un café ?» – une devise décontractée.

2, Zidovska steza.
Tél. +386 40 168 804.

Shopping

Pici Bici

«Vous n’allez nulle part en bus.» C’est le mantra de cette boutique ouverte il y a cinq ans dans le quartier de Siska par des exétudiants fondus de glisse cycliste, qui importent, bricolent et customisent le meilleur matériel. Par amour du style et de la vitesse, ils peuvent aller jusqu’à construire sur mesure le destrier de vos rêves, chromes et rayons rutilants. Leurs créations font désormais rêver par-delà les Alpes, en Autriche et en Italie, et jusqu’en Australie.

50, Celovska cesta.
Tél. +386 68 618 347.

www.pici-bici.com
Carnet d'adresses

S'y rendre

www.airfrance.com

FRÉQUENCE DES VOLS

Chaque jour, AIR FRANCE dessert Ljubljana par 6 vols au départ de Paris-CDG.

AÉROPORT D'ARRIVÉE

Aéroport international de Ljubljana-Brnik.
À 26 km.
Tél. +386 4 206 19 81.

AGENCE AIR FRANCE

Igriska 5.
Tél. +386 (0)1 888 86 91

RÉSERVATIONS

— Depuis la France : Tél. 3654.
— Depuis l’étranger :
Tél. +33 (0)892 70 26 54.

LOCATION DE VOITURES

Hertz, à l'aéroport.
Tél. +386 (0)4 201 69 99.
www.airfrance.fr/cars

À LIRE

Ljubljana Gallimard, coll. Cartoville.
Mort d’une prima donna slovène Brina Svit, Gallimard, coll. Du monde entier.
Cette nuit, je l’ai vue Drago Jancar, Phébus.

© Parko Polo / Central Illustration Agency. Carte illustrative, non contractuelle Map for illustration purposes only