Viktor&Rolf en mode sucré

Viktor&Rolf
en mode sucré

Un flacon ludique en forme de nœud, l’emblème de V&R, conçu par des artisans verriers de la maison Pochet du Courval.

Un flacon ludique en forme de nœud, l’emblème de V&R, conçu par des artisans verriers de la maison Pochet du Courval.

Cécile Matton, l’un des deux parfumeurs à l’origine de Bonbon Couture.

Cécile Matton, l’un des deux parfumeurs à l’origine de Bonbon Couture.

Sous cloche, des matières premières du nouveau parfum, caramel, patchouli et tabac blond.

Château de La Colle Noire, qui a inspiré à François Demachy le parfum La Colle Noire, un hommage à la rose de mai, fleur emblématique de Grasse.

Pour la sortie de leur très gourmand parfum Bonbon Couture, les stylistes néerlandais se prêtent au jeu du questionnaire croisé.

On peut compren-dre que l’univers de la mode puisse vouloir constamment se rapprocher de celui de la parfumerie. Sans doute, parce qu’il y a en eux une continuité, une complicité. Comme elle doit exister fortement entre Viktor Horsting (né en 1969, à Geldrop) et Rolf Snoeren (né en 1969, à Dongen). Ces deux stylistes néerlandais s’inscrivent dans une lecture «postmoderne» de la mode. C’est-à-dire qu’ils sont durs à épingler, à situer véritablement. Ils fusent. Radicalisent. Disent des phrases comme celles-ci : «Le vêtement nous intéresse de façon autonome, sans être nécessairement en relation avec le corps. Quand nous faisons un vêtement, nous pensons rarement à la femme qui va le porter.» Avec ça, imaginez leur irruption dans le monde des parfums… Depuis 2002, ils signent un contrat de licence avec le groupe L’Oréal pour lancer une série de bombinettes : Flowerbomb (2005), Antidote (2006), Eau Mega (2009) Spicebomb (2012), Bonbon (2014). À l’orée de cet automne, voici une nouvelle création, Bonbon à nouveau, mais cette fois-ci en nouvelle formule, plus enveloppée, Couture, instiguée par Cécile Matton et Serge Majoullier.

Un mille-feuille détonant

Tout de suite, non sans manquer d’air, cette composition effrontée nous bascule dans un univers assez frontal. La gourmandise y est convoquée en renfort : caramel, orange, pêche de vigne, fleurs blanches crémeuses. Bonbon Couture a la bonne idée de chiper à cet univers son univers tactile, gourmand, et de planquer le tout sous l’alibi traditionnel et envoûtant de la parfumerie : bois santalés, jasmin, ambres. On est au bord d’une addiction flagrante, au point que les auteurs n’y vont pas par quatre chemins. Ils évoquent ainsi la dimension «autoérotique» de Bonbon Couture. Le trouble organisé permet de superposer (le chic de notre époque) les impressions, de semer la confusion dans les rangs, une pagaille suave, dont l’esprit ne sort pas indemne. Le flacon participe aussi à l’effraction, on y retrouve le sceau de la maison Viktor&Rolf, réincarné dans le nœud. Il faut y lire non seulement l’emblème de la haute couture – son ornement iconique –, mais aussi, on peut l’imaginer, le chemin d’une pensée qui revient sur elle-même. Le nœud de la robe, d’une cravate, de la chevelure. Il participe à la construction, à l’arrêt marqué, arrimé. Mais le nœud également se défait, ouvre un champ ludique (celui du possible, de l’imaginaire). Et en cela, ce genre de parfum vient mettre une douce confusion dans les esprits. Dernière question, comment reconnaître Viktor et Rolf, assez identiques dans leur représentation vestimentaire et capillaire. L’un a le sourire plus franc et incisif, l’autre plus doux. Mais j’ai oublié lequel. Alors, un petit questionnaire pour les retrouver…

ROLF :

Le nez d’Amsterdam…

L’odeur de la liberté.

Une mauvaise odeur que vous aimez…

L’odeur de l’essence.

Le nez peut-il mentir ?

Non, il n’y a pas de langue de l’odeur.

Qui est la femme Viktor&Rolf ?

La princesse Mabel d’Orange-Nassau.

Un endroit qui vous ressemble ?

Mon ADN.

Un voyage dont vous rêvez…

L’Antarctique.

Un cadeau à vous faire ?

La gentillesse envers moi-même.

Un cadeau à offrir à Viktor ?

La lune.

Qu’est-ce qui vous aide à vous sentir mieux ?

Le yoga et la méditation.

Pas de respect pour…

La haine.

L’odeur de Paris ?

Celle de la culture.

Ombre ou soleil ?

Les deux, ils sont inséparables.

Qu’est-ce qui vous déstabilise ?

Le stress.

Et votre autoportrait ?

VIKTOR :

Le nez d’Amsterdam…

Le nez peut-il mentir ?

Tromper peut-être, mais jamais mentir.

Qui est la femme Viktor&Rolf ?

Un mystère.

Quelle serait l’odeur que vous aimeriez capturer ?

Le parfum des rêves.

Un endroit qui vous ressemble ?

Ma maison.

Un voyage dont vous rêvez…

Rentrer à la maison.

Un cadeau à vous faire ?

Une maison de campagne.

Un cadeau à offrir à Rolf ?

Difficile ! Le supplice va durer jusqu’à Noël.

Qu’est-ce qui vous aide à vous sentir mieux ?

Parler.

Pas de respect pour…

Les mauvaises manières.

L’odeur de Paris ?

Celle du métro.

Ombre ou soleil ?

L’ombre.

Qu’est-ce qui vous déstabilise ?

L’embarras.

Et votre autoportrait ?

© Frits Schroeder - Mathieu Martin Delacroix © Peter Stigter - Matthieu Dortomb

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