Edito

«Si on rate ce moment, on essaie celui d’après, et si on échoue on recommence l’instant suivant. On a toute la vie pour réussir.»

Boris Vian, «L’Écume des jours»

La carte postale
de David Duvshani

Peintre et bédéiste, adepte de la simplification, il voyage sur les traces de l’histoire et de l’art : les Orientalistes du XIXe, les affichistes Art déco… Ce mois-ci, clin d’œil de Toulouse. Inspirés par Matisse, une maison de la Ville rose et quelques arbres en papiers de couleur intensifiée au feutre – à partir d’un croquis in situ.

Jeunes pousses

Texte Isabelle Giordano

Vous connaissez la scène de cinéma qui vous déclenchera à coup sûr des frissons sur l’échine ? Dans Les Enfants du paradis, Arletty, de dos, se déshabille en jetant d’un coup son peignoir devant un Jean-Louis Barrault médusé. Elle se retourne vers lui et lâche : «Tu vois, c’est si simple l’amour.» Oui, c’est vrai, c’est si simple l’amour. Et c’est aussi si tortueux, complexe, décevant et douloureux ! Quand je vois cette scène de Carné, je songe au cinéma. C’est si simple, le cinéma. Raconter une histoire, prendre deux acteurs, filmer un paysage.

Émouvoir une salle entière. Inventer un nouveau langage. La France est championne du monde des premiers films. Il s’en produit chaque année davantage. Sur 300 œuvres réalisées en 2015, près d’un tiers étaient des premiers films. Nous avons inventé non seulement le cinéma, mais aussi un système ingénieux qui sait donner sa chance aux plus jeunes et permet un renouvellement des talents que le monde nous envie. Pas toujours simple toutefois de mettre le pied à l’étrier aux jeunes pousses. Nombreux sont ceux qui ne passeront pas l’épreuve du deuxième opus. Mais quel bonheur de les accompagner et de les soutenir dans leurs premiers émois. Comme récemment Eva Husson et le trac partagé lors de la première mondiale de Bang Gang à Toronto, Clément Cogitore émerveillé par sa sélection à la Semaine de la Critique, ou encore le choc esthétique de Mustang et l’incroyable aventure vécue par sa réalisatrice Deniz Gamze Ergüven jusqu’aux oscars. On pourrait en citer tant d’autres, et les comédiens aussi, de Félix Moati à Adèle Haenel en passant par Rod Paradot qui nous a tous émus aux césars. J’aime leurs hésitations inquiètes, leurs joies frémissantes. La France est un écrin pour les jeunes talents du cinéma. Ils osent, ils réinventent, ils se plantent parfois mais qu’importe, car c’est souvent pour mieux réussir. Qu’ils soient jeunes acteurs ou cinéastes en devenir, ils ont l’énergie et l’enthousiasme en acier massif.

Ils nous font comprendre à quel point l’entraide et la transmission entre les générations sont essentielles. Ils ont foi en la vie et croient aux vertus du cinéma, et rien que pour cela on a envie de leur dérouler le tapis rouge. J’aime les premiers films comme on aime les premiers baisers, et toutes les premières fois.