Edito

Soumis au fameux questionnaire de Marcel Proust, lorsqu’on me demanda ; «Quelle est votre occupation préférée ?», je répondis : «Suivre le Tour de France», au discret étonnement du Landerneau littéraire. En leurs temps respectifs, Proust avait dit : «Aimer» et, un peu plus tard, François Mauriac : «Rêver».

Antoine Blondin, «Sur le Tour de France».

La carte postale
de
Laura Acquaviva

Peinture, fusain, crayons, feutres, collages… Une main graphiste, l’autre illustratrice, cette créatrice d’images les concocte avec moult ingrédients, pour restituer au plus juste ses sensations. Ce mois-ci, clin d’œil du voyage : se laisser porter par ce qu’il se passe, s’imprégner – spectateur de l’inconnu.

C’était mieux avant ?

Texte Geoffroy Garétier

Avant, aussi loin que ma mémoire m’emporte, le sport était juste du sport. Des performances plus ou moins réelles, fruits d’athlètes plus ou moins divinisés, magnifiées par des reporters plus ou moins objectifs. Les héros s’appelaient Mark Spitz, nageur moustachu aux sept titres olympiques ; Johan Cruyff, génie du foot prédestiné par la référence de son club, l’Ajax, à la mythologie grecque ; Eddy Merckx, cycliste, dit le «Cannibale» pour sa propension à gober ses rivaux, surtout quand la pente montait sec. Mais ça, c’était avant. En 1972, quand j’étais enfant.

On ne reste pas longtemps un enfant, sauf à avoir les yeux grands fermés ; on devient schizophrène ou bien journaliste sportif, ce qui revient souvent au même. Dans ce monde-là, on naît et renaît à chaque olympiade, en ces années qui cumulent un jour de plus en février, le championnat d’Europe de foot et les JO d’été. Je suis donc né à la vie l’année des Jeux de Tokyo, au sport celle des Jeux de Munich, au journalisme celle des Jeux de Séoul et au billet d’humeur celle des Jeux de Rio. Appelons ça le destin.

En cette année olympique, il serait plus aisé d’ânonner le Bottin téléphonique que d’énoncer le calendrier des compétitions. Le sport n’a jamais pris autant de place dans notre univers tissé de réseaux numériques, dont les effets secondaires sur les passions ont des airs de mutation génétique. L’Homo sapiens a engendré l’Homo sportiens. Le sport, tout le monde en parle, tout le monde en fait. Même les médecins en prescrivent.

Il brille de mille facettes, entre fait social et phénomène culturel. En tant que membre de la communauté, je devrais m’en réjouir. Du temps des conférences de rédac, à mes débuts de stagiaire, la rubrique était le parent pauvre éditorial, loin derrière la politique et le grand reportage et même les programmes télé. Boomerang sublime, c’est lui qui fait désormais vivre la télévision, dans un déluge de couleurs toujours plus éclatantes.

Pourtant, ce triomphe au long cours me laisse un peu perplexe. Près de trente ans de journalisme auraient fait de moi une sorte de légiste du sport, où les faits s’analysent sous leurs moindres aspects, passant la passion à la moulinette critique. Trop de sport aurait-il tué mon sport ? Celui où les champions étaient au-dessus de tout soupçon, les dirigeants bénévoles, où les reporters portaient des lunettes roses ? Quand ma télé était en noir et blanc…